
Le Code Moral du Judo a été conçu par Bernard MIDAN (8ᵉ dan, 1917–1994), élève de Roger Piquemal à Paris, avec l’aide de Maître AWAZU. Il s’inspire de l’esprit du « Code d’honneur du Collège des ceintures noires », lui-même nourri du Bushido (« voie du guerrier ») rédigé par Inazô Nitobe en 1899.
Autre surprise : les sources de ce Code Moral sont en partie chinoises (Confucius) et hindoues, et pas uniquement japonaises. Le Bushido lui même s’est nourri de ces traditions pour canaliser la mentalité japonaise, parfois avec succès… parfois moins, comme l’histoire l’a montré.
Le Code Moral du Judo, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est composé de huit grandes vertus, chacune étant liée aux autres. Dès qu’on en retire une, l’ensemble devient déséquilibré.
LA POLITESSE
La politesse est la première forme de communication avec l’autre, dans la vie quotidienne comme sur le tatami. En judo, le cours commence et s’achève par le salut au dojo, puis au professeur. Chaque combat démarre et se conclut aussi par un salut.
Elle impose également le silence pendant le cours pour ne pas gêner l’enseignement ni la concentration des pratiquants. La politesse est une base qui favorise l’application des autres vertus du Code Moral.
LE COURAGE
Le courage est respecté, la peur est souvent méprisée… mais elle n’éloigne pas le danger. Une phrase illustre bien cette idée :
« La peur n’éloigne pas le danger. »
En judo, la crainte de l’adversaire est limitée par les règles qui protègent l’intégrité des combattants. Le courage, c’est accepter la confrontation, persévérer malgré les difficultés et continuer à se présenter sur le tatami, même après des défaites.
LA SINCÉRITÉ
La sincérité ne doit pas être confondue avec la Vérité. On peut tromper l’autre avec une fausse vérité dite « en toute sincérité ». Être sincère, c’est parler et agir selon ce que l’on croit juste, même si l’on peut se tromper.
En judo, la sincérité s’applique à soi-même et aux autres : être sincèrement à l’entraînement, dans l’effort, dans la progression. Quand on se rend compte qu’on s’est trompé sur un objectif ou un choix, l’honnêteté pousse à se corriger pour se rapprocher davantage de la vérité.
LA MODESTIE
La modestie se place naturellement derrière la sincérité. Ce n’est pas l’humilité excessive ou le dénigrement de soi, mais un frein à l’ego. La vraie modestie consiste à reconnaître ses défauts, mais aussi ses qualités, avec lucidité.
Pour le judoka, elle permet de connaître ses limites sans s’y résigner : on accepte ce que l’on ne sait pas encore faire, puis on se met en mouvement pour progresser, sans vanité ni fausse modestie.
LE CONTRÔLE DE SOI
Sur un tatami, le contrôle de soi est indispensable. Il s’appuie sur la maîtrise de soi et permet de garder son libre arbitre dans des situations de stress, de panique ou de danger.
Le contrôle de soi n’est pas seulement un idéal moral, c’est aussi un véritable pouvoir mental à acquérir et à développer. Il évite les gestes dangereux, les réactions impulsives, et permet de rester juste dans l’action comme dans le jugement.
LE RESPECT
Le mot « respect » est à la mode, mais on en oublie parfois la réciprocité. Réclamer le respect sans le donner soi-même n’a pas beaucoup de sens.
Le respect implique un regard sans orgueil pour soi, ni mépris pour l’autre. On doit le manifester à son professeur, à ses partenaires, mais le professeur lui-même doit respecter ses élèves. Un Maître peut perdre son statut, mais s’il a su rester humain et juste, son respect restera intact aux yeux de ses anciens élèves.
En judo, le respect se partage et se construit dans la durée.
L’HONNEUR
L’honneur, c’est la noblesse de l’âme : choisir une ligne de conduite que l’on juge juste, et s’y tenir, même lorsque la facilité incite à faire le contraire.
Un combattant honorable conserve sa dignité même lorsque le résultat du combat ne lui est pas favorable. La défaite n’est pas une honte si l’on a tout donné avec loyauté, courage et respect.
En judo, les règles obligent le vainqueur à respecter le vaincu. La véritable victoire, à terme, est double : sur l’adversaire et sur soi-même.
L’AMITIÉ
« Qu’il est pauvre celui qui n’a pas d’ami. » L’amitié, c’est la connaissance des qualités et des défauts de l’autre, et l’acceptation de ce tout.
Sur un tatami, on ne cherche pas à éviter la confrontation avec ses amis, au contraire. On se confronte pour progresser, et le combat se termine souvent par une accolade où se mêlent estime et affection.
Dans les moments de doute ou de lassitude, la présence d’un ami sur le tatami est souvent le meilleur soutien pour continuer.
Lorsqu’on examine ces différentes vertus, on constate qu’elles ont besoin les unes des autres pour exister pleinement. Si l’une disparaît, l’équilibre de l’ensemble se brise.
Ce Code Moral est parfaitement adapté à la pratique des arts martiaux… mais pourquoi le laisser au vestiaire une fois sorti du dojo ? Appliqué dans la vie de tous les jours, il peut apporter une qualité de relation et de comportement précieuse dans bien des domaines.
On retrouve là l’esprit d’un célèbre philosophe et escrimeur japonais, Miyamoto MUSASHI (1584–1645), qui écrivait :
« Il n’existe rien à part toi-même qui puisse te rendre meilleur, plus fort, plus riche et plus intelligent. Tout réside en toi, tout existe. Ne cherche rien en dehors de toi-même. »
