
Sa vie entière est consacrée au judo : pratique, enseignement, formation des cadres, développement de la discipline à l’international. Il aura transmis son savoir et son exigence à un nombre incalculable de judokas, au Japon comme à l’étranger.
Il apprécie particulièrement la manière dont les judokas français adoptent et font vivre son enseignement, et ne manquera pas de le faire savoir. Notre club ressentira directement cet héritage à travers plusieurs liens privilégiés.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon est occupé par les forces américaines. Les arts martiaux y sont perçus comme un vecteur possible d’esprit guerrier, et leur pratique est un temps interdite. Les dojos japonais doivent attendre avant de rouvrir pleinement.
De ce fait, plusieurs grands maîtres quittent momentanément l’archipel pour venir en Europe, et en particulier en France. Maître Ichiro ABE, alors 6ᵉ dan, rejoint la région toulousaine, où il enseigne au dojo des frères Lasserre, le Shudokan.
Monsieur André ADAM, fondateur en 1952 du judo club de Mazamet, avait commencé à s’entraîner quelques années auparavant à Castres. Mais dès 1951, chaque semaine, il prend la route de Toulouse pour suivre les cours de Maître ABE au Shudokan.
Il reste souvent très tard sur place, dormant à même le tatami, avant de revenir au petit matin à Mazamet pour exercer son métier de kinésithérapeute. Tant que Maître Ichiro ABE reste à Toulouse, André Adam continue ce rythme éprouvant mais passionné.
Le destin finit par séparer les deux hommes : Maître ABE est appelé à d’autres responsabilités en France puis à l’étranger. Les rencontres s’interrompent pendant plusieurs décennies.
Leurs retrouvailles ont lieu à Réalmont, en 1996. Maître ABE gratifie alors les judokas tarnais d’une démonstration de Goshin Jutsu no Kata, avec Maître Jacques SEGUIN comme uke. Un moment inoubliable pour tous, et plus encore pour André Adam.
Se présentant devant Maître ABE, celui-ci, très surpris de le revoir après plus de quarante ans, le salue d’un simple mais éloquent :« Oh, Adam ! ». Les deux hommes sont visiblement très émus. De leur conversation, il ne restera que quelques bribes, mais le souvenir en restera gravé.
J’ai moi-même pu échanger quelques secondes avec notre hôte japonais pour lui demander de signer le passeport d’un de nos judokas, trop intimidé pour le faire lui-même. Je regretterai longtemps d’avoir oublié le mien ce jour-là.
L’amitié et l’estime réciproques entre Maître ABE et Maître SEGUIN, ainsi que leur immense amour du judo, nous permettront ensuite d’avoir régulièrement de ses nouvelles, notamment lors des voyages de Jacques Seguin au Japon.
Il nous raconte leurs rencontres au Kodokan, le « Temple du Judo », ou dans des soirées plus intimes. Combien de fois avons-nous évoqué tout cela avec notre maître français, lorsqu’il vient nous faire profiter de son savoir-faire au 63 rue des Cordes à Mazamet ?
Voici, très modestement, quelques-uns des souvenirs qui nous relient à ce grand monsieur venu du bout du monde, parvenu au 10ᵉ dan en 2006. Pour nous, comme pour tant d’autres amoureux du judo, il restera un exemple absolu.
Même s’il n’est plus parmi nous, Ichiro ABE demeurera vivant dans nos mémoires. Son exigence, son humilité et son attachement au véritable esprit du judo continueront d’inspirer judokas, enseignants et dirigeants.
Sa citation préférée résume parfaitement l’esprit de persévérance qui nous anime tous sur le tatami :
« Si tu es jeté six fois, relève-toi sept fois. »