Avant toute chose, il est important de rappeler certains événements dans l’historique du club, concernant les passages de grades.
Aux alentours de 1955, M. Jean GASTON, élève d’André ADAM, passe et réussit son examen pour la ceinture noire 1er dan. Alors qu’il allait ceindre celle-ci, il se retourne vers le Maître japonais Ineo Osaki qui présidait la journée, et lui dit :
« Maître, il m’est difficile de recevoir cette ceinture noire, alors que mon professeur, qui m’a tout appris, n’est que ceinture marron ».
Ineo OSAKI réfléchit un court instant et, en pointant son doigt en direction d’André Adam, déclare :
« Adam ! Ceinture Noire ! »
… et c’est ainsi que, grâce à Jean GASTON, le club s’est retrouvé nanti de deux ceintures noires 1er dan le même jour.


L’association se distinguera plusieurs années plus tard avec Danielle Sanchez, première femme judoka du Tarn à atteindre ce qui était un très haut niveau pour l’époque, surtout pour une femme.
Passages de grades – par Maître Jacques SEGUIN

L’histoire du Judo en France est longue et chaotique. Dans les années 50 et 60, on passait la ceinture noire 1er dan en commençant par une épreuve de kata qui portait sur les cinq séries, suivie d’un test compétition sous forme de poules de six, soit cinq combats chacun, et il fallait un minimum de 40 points avec un nul autorisé.
Une seule défaite par ippon écartait le candidat. Il n’y avait pas de catégories de poids, mais les organisateurs répartissaient par catégories morphologiques, « au pif »…
Il y avait à cette époque peu de prétendants, sur trois ou quatre poules au maximum. J’étais passé 1er dan à Avignon en octobre 1960 avec quatre ippon et un match nul, contre un « gros » marseillais de 135 kg !
Au début des années 1960, le Directeur Technique National de l’époque, Monsieur Robert BOULAT, plus axé sur l’aspect sportif que technique, a supprimé les kata. On pouvait donc passer les dan uniquement en compétition, ou choisir l’option technique, qui était une deuxième voie.
Les catégories de poids, prônées par Robert BOULAT, ont vu le jour au début des années 1960 et ont été admises au niveau de la Fédération internationale après bien des atermoiements et des échanges musclés entre « pour » et « contre ».
Mais dans les passages de grades, elles n’étaient respectées que dans « la mesure du possible » et disparaissaient vers les 3e et 4e dan, qui avaient moins de candidats.
En 1968-72, pour le 4e dan, il fallait marquer 50 points dans une poule de six, deux fois ! Si l’on marquait 50 points, ou 44 minimum avec trois ippon et deux waza-ari, il fallait recommencer lors d’un autre test.

Par exemple, j’avais marqué cinq ippon en poule, à Marseille, et lorsque je me suis présenté pour le deuxième essai en juin 1969 à Montpellier, nous n’étions que deux candidats : Roger CADIERE et moi.
Devant l’impossibilité de former une poule de six, le règlement imposait de prendre une « ligne d’équivalence », soit combattre contre dix ceintures noires, alternées 1er, 2e et 3e dan. Tout s’arrêtait au bout d’une seule défaite par ippon, ou bien au bout de deux matches nuls.
J’étais passé 4e dan dans ces conditions, ayant réussi à marquer dix ippon à la file. Il n’y avait toujours pas d’épreuve de kata.
Les kata ont été remis à l’honneur au début des années 70-72 lorsque le président PFEIFER a organisé la réunification du Judo français, sous la pression des dirigeants du Collège des ceintures noires, beaucoup plus attachés aux traditions et à l’aspect technique du Judo.
Le Judo fédéral et les « dissidents » du Collège des Ceintures Noires se sont regroupés avec des accords assujettis à des concessions mutuelles. Les kata ont donc été réintroduits dans les passages de grades sous forme d’épreuve probatoire pour pouvoir se présenter ensuite dans les poules.
Les catégories de poids en passages de grades ont alors été préconisées dans la mesure du possible, mais sans être obligatoires. Ainsi, au fil du temps, l’équilibre entre technicité, tradition et performance sportive a peu à peu façonné les modalités actuelles de passage de grades en Judo.
